mardi 27.05.2008, 19:17 - PAR BERNARD VIREL
David Servan-Schreiber vient de sortir un livre «Anticancer… Prévenir et lutter grâce à nos défenses naturelles» qui fait des vagues. Il donne une conférence (1) ce jeudi à Lille.
- Comment les professionnels prennent-ils votre livre?
« Dans l'ensemble, ils le prennent assez bien. En fait, beaucoup d'entre eux ressentent -de façon un peu diffuse parfois- que les patients ont besoin de s'aider en plus des traitements
conventionnels. Or, la médecine conventionnelle n'a pas tellement de suggestions à leur faire de ce point de vue-là. D'abord parce qu'on n'apprend pas ça en faculté de médecine, ensuite parce que
ça prend du temps d'expliquer aux patients comment bien manger, comment faire du sport, comment s'occuper de soi. Les cancérologues, aujourd'hui, sont des techniciens, au bon sens du terme, mais
ils ne voient pas ces choses-là comment faisant partie de leurs attributions. Or, ils savent que c'est important que les gens puissent s'aider eux-mêmes. Malgré tout, je pense que la plupart sont
contents que quelqu'un évoque ce sujet, en se basant sur les données scientifiques existantes, sous une forme accessible. Tout ça pour aider les gens à se prévenir. Car beaucoup de ceux qui le
lisent ne sont pas malades ».
- Auriez-vous pu écrire ce livre à la fois sans être médecin et sans avoir eu
vous-même le cancer ?
« Je ne crois pas. J'y ai mis le meilleur de moi. Mais c'était un peu un pari Avant toute chose, j'ai écrit le livre que j'aurais voulu lire pour savoir que faire pour ne pas avoir le
cancer, pour apprendre à nourrir la vie, pour ne pas tomber malade. Il n'y a pas beaucoup de livres qui soient à la fois des livres scientifiques et médicaux, pratiques, mais où l'on raconte des
histoires ».
- Vous devez le savoir, le Nord-Pas-de-Calais est fortement touché par le cancer.
Comment faire passer votre message ? Par les médecins ?
« Je pense que ces messages diffusent plus largement au sein de la communauté médicale. Elle a un rôle à jouer. Mais je ne pense pas que ce sont les médecins qui le feront. Ils sont un peu
« noyés ». Ils ont peu de temps pour évoquer la pratique sportive, la nutrition, la gestion du stress. Mais bien sûr, il faudrait que ça se fasse dans les hôpitaux et cliniques. Cela
existe dans trente-quatre des plus grands hôpitaux universitaires américains. En attendant cela, comme je suis assez impatient, j'ai créé un site internet (www.guerir.fr) pour que l'information circule d'un patient à un autre, que des patients échangent leurs expériences, évoquent la manière dont ils se prennent en main
et aident d'autres à le faire Mais dans un cadre très contrôlé pour que les gens ne puissent pas dire n'importe quoi »
- Comme la possibilité de soigner un cancer par des moyens naturels
« Effectivement, je suis très précis, notamment dans le livre : on ne peut soigner le cancer sans recourir aux techniques mises en place par la médecine occidentale (chirurgie,
chimiothérapie, radiothéraphie). Je ne précise pas ça pour faire plaisir au corps médical mais parce que c'est la réalité ».
- Malgré tout, ne trouvez-vous pas qu'il y a des manques dans la formation d'un
médecin ? Notamment au niveau de la prévention ?
« Si. Je trouve lamentable qu'on n'apprenne pas la nutrition médicale aux jeunes médecins Je n'ai moi-même rien appris. Alors que de toute évidence ce que l'on met trois fois par jour dans
son corps joue sur la biologie Il faudrait développer ça, c'est vital. Il faudrait aussi qu'on enseigne la notion de terrain qui est une évidence physiologique. Je pense qu'il n'y a pas un
médecin qui ne soit pas d'accord là-dessus. Simplement, on ne l'apprend pas. Aujourd'hui, la médecine conventionnelle se voit avant tout comme une médecine qui identifie des maladies et les
soigne. Comme une armée attaque un ennemi. Sans diplomatie. Pourtant, il faut en faire, pour aider le terrain à se renforcer lui-même pour qu'il n'y ait pas de problèmes, pour accompagner les
traitements ».
- Ce qui fait que les médecins allopathes ont été quelque peu bousculés par les
homéopathes
« Le problème avec l'homéopathie, c'est qu'on a beaucoup de mal à lui donner un cadre scientifique. Cela ne veut pas dire que ça ne sera pas le cas un jour, mais pour l'instant ce n'est pas
le cas. Mais ce dont je parle moi, c'est totalement scientifique. Ainsi le fait qu'un terrain inflammatoire soit propice au développement du cancer, tout le monde est d'accord. Mais on ne mesure
pas les paramètres d'inflammation quand les gens sont encore en bonne santé et une fois qu'ils sont malades. Ce n'est pas normal ».
- Et pourquoi selon vous ?
« Parce qu'il n'y a pas de médicaments qui soignent l'inflammation. S'il y en avait un qui magiquement réduisait les paramètres inflammatoires des patients cancéreux, on n'entendrait parler
que de ça. Parce qu'il y aurait des séminaires aux Iles Canaries qui rassembleraient des médecins pour leur expliquer à quel point c'est important. Le problème c'est qu'il n'y a pas de moteur
pour faire avancer les informations que je donne, parce qu'il n'y a pas d'argent à gagner. Les médecins sont noyés d'informations : les seules qui passent sont celles pour lesquelles un
représentant passe toutes les semaines et vous invitent à un symposium sur la Côte d'Azur »
-Ce n'est pas rassurant pour les patients ?
« Je suis d'accord avec
vous. Tout le monde fait ce qu'il peut mais il y a quelque chose de dysfonctionnel dans le système »
- Selon vous, qui doit remettre dans ce système ?
« J'en parlais récemment avec le vice-président de l'Assemblée nationale, médecin lui-même. On est d'accord sur un point : la responsabilité devrait en revenir à l'assurance maladie. Elle
dépense chaque année l'équivalent du budget de la France (écoles, routes,etc) -140 milliards d'euros- pour soigner les gens. N'importe quelle entreprise au monde dépenserait au moins 1 % de cette
somme pour faire de la recherche, pour voir comment on pourrait dépenser moins dans dix ans. Et l'assurance maladie fait zéro recherche Le fonds mondial de la recherche dit qu'on pourrait éviter
40 % des cancers en Occident simplement en changeant nos habitudes alimentaires et en faisant un peu plus de sport. Le minimum serait qu'on investisse dans des programmes pour voir comment on
peut aider nos concitoyens à changer leurs habitudes dans ces domaines. Et 40 % des cancers en moins, ce serait beaucoup d'argent gagné ».
- Êtes-vous pessimiste pour l'avenir ?
« Le problème est aussi que les politiques ne regardent jamais leur avenir à vingt ans ou à trente ans. Ils sont obligés de faire des actions qui leur permettent d'être réélus dans
deux-trois ans. Ils n'investissent pas dans le long terme. Personne ne cherche pas à faire changer la politique de l'assurance maladie. Ça ne va pas changer ».
- Ça ne va pas changer ?
« Je ne pense pas sauf quand ça va s'effondrer
On est déjà au premiers signes d'effondrement du système. Aux Etats-Unis où contrairement à la France, les assurances privées (à la place de l'assurance maladie) réagissent plus à la réalité, en
fonction de ce qu'il y a ou pas dans les caisses -ce n'est pas l'Etat qui paie-, sont pour certaines en train de fermer. Certaines ont même demandé à leurs patients de payer 30 % du coût de leurs
médicaments contre le cancer. Nous, on se cache le problème, avec l'assurance maladie : on se dit qu'on a le meilleur système de santé au monde, mais on fera
banqueroute ».
- Et alors ?
« La seule solution est donc que les gens se prennent en main eux-mêmes. Il faut leur donner des pistes. C'est ce que j'essaie de faire. Chacun peut avoir un impact énorme sur sa
santé ».
(1) Les billets sont à retirer au Nouveau Siècle, place Mendès-France à Lille, ou au conseil régional, 151, avenue du Président-Hoover à Lille de 9h à 12h et de 14h à 17h.